Dyslexie et Précocité

15-nov-03 2:20

l'une peut masquer l'autre et inversement…

Environ 4% des enfants en France sont intellectuellement précoces (ou surdoués) : ils se caractérisent par l’une ou plusieurs des aptitudes particulières suivantes: curiosité intellectuelle et mémoire hors du commun, raisonnement et argumentation, sens critique, compréhension rapide, questionnement par rapport à la mort, aux limites de notre univers… aptitudes formellement confirmées par un QI supérieur ou égal à 125 ou à130 (selon l’approche).

Pourtant, certains d’entre eux rencontrent des problèmes à l’apprentissage du langage écrit.
En effet, le contraste entre leur avance intellectuelle et leur développement psychomoteur et affectif – la dyssynchronie - provoque parfois des troubles graphomoteurs: les idées viennent plus vite que l’écriture d’où un blocage, et ceci d’autant plus si l’enfant sait lire avant d’apprendre à écrire en classe ; le contrôle de la motricité fine étant encore insuffisamment élaboré à quatre ou cinq ans, le jeune élève peut très mal vivre une main malhabile incapable de suivre le rythme de la programmation mentale.

La plupart du temps, en grandissant, l’enfant déduit les mots à partir d’indices qu’il a constitués dans son esprit. Puis il accède au sens des phrases en s’appuyant sur ce décodage partiel. Lorsqu’il écrit des mots, soit il se souvient des formes qu’il a en mémoire, soit il transcrit phonétiquement ce qu’il entend : c’est la dyslexie–dysorthographie, trouble de l’apprentissage de l’écrit le plus fréquent.

Chez l’enfant intellectuellement précoce, la dyslexie peut ainsi demeurer cachée pendant plusieurs années, parfois jusqu'en début de collège.

En effet, l’élève doué avance « masqué », son potentiel intellectuel lui permettant de compenser cette lacune de l’apprentissage par des aptitudes remarquables dans d’autres domaines, notamment sa grande aisance verbale, sa mémoire qui peut être exceptionnelle et des aptitudes hypothético-déductives remarquables. Lorsque enfin, parfois en fin de primaire, parfois au collège, l'enfant ne peut plus compenser seul et que ses difficultés sont détectées, elle risquent d’être perçues comme de la mauvaise volonté (écart soudain et inexpliqué entre capacités et résultats). Source de stress de part et d’autre, cette situation douloureuse peut amener l’enfant découragé à se replier sur lui-même et le conduire à l'échec scolaire (associé bien souvent à des troubles du comportement).

Il convient d’adapter les techniques habituelles de rééducation (par l’orthophonie notamment) aux caractéristiques de ces enfants hors norme, notamment lors du dépistage en tenant compte de leur âge intellectuel et non pas de leur âge réel.
L’enseignant dans son approche de l’enfant intellectuellement précoce en difficulté peut choisir de dépasser l’exigence de l’école qui s’attend à ce que l’enfant écrive aussi vite et aussi bien qu’il s’exprime oralement. Respecter un rythme différent en aménageant les difficultés peut encourager l'élève à fournir un vrai effort pour progresser en vitesse et en lisibilité.

Si la dyslexie peut être masquée par la précocité (phénomène de compensation- cf ci-dessus), le contraire est vrai également: la dyslexie, par les difficultés de l'écrit qu'elle entraîne, peut occulter aux yeux de l'entourage le potentiel par ailleurs brillant d'un enfant et faire omettre de poser l'hypothèse d'une précocité intellectuelle avec toutes les conséquences de la non-reconnaissance qui s'en suivent.

En conclusion, il n'est pas inutile de rappeler toutefois que tous les enfants dyslexiques ne sont pas des enfants intellectuellement précoces et que tous les enfants à haut QI ne sont pas dyslexiques, beaucoup vont trouver d'ailleurs dans l’écriture de poèmes, nouvelles et récits une satisfaction intense.

Groupe de pilotage, département de l'AIN
Diversité des élèves et desoins spécifiques