Témoignage de Michaël

2-jan-03 18:42

" Il nous en a fallu du temps, des efforts, des batailles, mais le jeu en valait la chandelle "
Témoignage de Véronique O. (38). Octobre 1999.

 

Le passage en C.C.P.E, voilà ce que proposait sans appel en février 1999 l'inspectrice de l'E.N de LA TOUR DU PIN 1, pour notre fils Michaël (7 ans, enfant précoce, scolarisé en CE1, dans une classe à double niveau CE1-CE2, où il s'ennuie ferme et refuse tout travail écrit) signalé à l'inspection par le directeur de l'école pour échec scolaire, suite à une dernière altercation entre nous et les enseignants.

Détecté précoce peu après ses 4 ans, son parcours scolaire est jalonné de retraits provisoires ou définitifs (sur les conseils du psychologue qui l'avait détecté), de périodes d'euphorie suivies de refus d'aller à l'école. L'institutrice de petite section analyse bien son comportement mais sans l'expliciter ou s'interroger. Il finit l'année moralement très bas. L'école ne souhaitant pas favoriser un passage anticipé en grande section, nous décidons, sur les conseils du psychologue, de le retirer de l'école pour un an afin qu'il puisse se refaire une santé morale, et de lui faire l'école à la maison.  Cette décision convint tout à fait à Michaël, même si sa préoccupation principale restait le jeu. Le passage anticipé en CP réalisé grâce à l'aide de M. BELIN, se passe sans trop d'encombres, malgré un retrait tout le 2ème trimestre (à nouveau sur les conseils du psychologue). L'institutrice, très "maman-poule", ayant finalement compris ses besoins lors de sa réintégration en classe au début du 3ème trimestre, l'avait pris sous son aile, et avec douceur et fermeté, mené au bout de l'année. Il lui arrive encore d'en parler, et dit d'elle qu'elle était gentille.

Le rentrée en CE1 coïncide avec l'apparition de pipis/cacas dans la culotte, ses rapports avec son institutrice sont catastrophiques. Excédées par ses "frasques", elle l'envoie dans le couloir, voire dans la CLAD située à côté de sa classe, donne des fessées, fait des remarques dévalorisantes, toutes choses que je découvre avec horreur le jour où un élève de sa classe vient me trouver pour m'en parler, car Michael ne se confie absolument pas. J'en parle à la psychologue scolaire, mais la découverte du pot aux roses se fait au moment où nous déménageons à la fin du 1er trimestre. Nous pensons qu'il vaut mieux ne pas donner suite et attendre ce que nous réserve sa nouvelle école, et du même coup donner à Michaël une chance de repartir sur de bonnes bases.

Nous attirons l'attention de sa nouvelle institutrice et du directeur de cette école de campagne sur sa spécificité, sans insister.

Début décembre 1998, le directeur me convoque et me fait savoir que Michaël est selon lui en échec scolaire (il ne fait absolument rien en classe), qu'il le voit malheureux, que son "cas" dépasse ses compétences, et qu'il souhaite le signaler à l'inspection d'Académie. Nous sentons un réel intérêt de sa part et avons enfin l'impression qu'il se passe quelque chose pour Michaël. Mais les choses traînent en longueur, Michaël dépérit à vue d'oeil. RDV est pris avec M. TERRASSIER, pour les vacances scolaires de février 1999.

Entre-temps, l'école nous presse de remplir une demande d'examen psychologique par le psychologue scolaire, que nous essayons d'ignorer, souhaitant privilégier le regard "neutre" de M.TERRASSIER. A l'école les choses se dégradent, les rendez-vous pris avec les instituteurs pour tenter de leur faire comprendre une énième fois ce qu'est Michaël, et la meilleure façon de le prendre, car malheureusement à défaut de pouvoir agir ou d'exiger un comportement différent, nous ne devons nous contenter que de conseils, dégénèrent en pugilats. Les pipis/cacas continuent de plus belle. Michaël est isolé à une table, seul, car il "dérange" ses camarades, est retenu systématiquement le soir pour exécuter le travail qu'il ne fait pas dans la journée (en dépit de nos oppositions), ou est abandonné seul dans la classe pendant les récréations avec un travail à finir. Là aussi il prend quelques fessées. Nous nous sentons bien seuls, et ne savons plus quelle conduite adopter.

Les vacances arrivent enfin et le verdict tombe : dépression. Ce dont nous nous doutions déjà au vu des quasi journaliers "je veux me tuer". Son état nécessitant une prise en charge régulière,

M. TERRASSIER étant par trop éloigné de notre domicile, nous contactons Mme A. à VILLEURBANNE. Michaël établissant un bon contact avec elle, nous y entamons une thérapie.

Rentrée de février. Je contacte la psychologue scolaire pour lui faire part du compte-rendu de M. TERRASSIER pensant pouvoir ainsi mettre un terme à une éventuelle rencontre. Et j'apprends que le directeur de l'école a fait parvenir un courrier à l'Inspection d'Académie, mais sans nous prévenir de son intention, car elle a lieu après une dernière dispute. Je contacte l'inspectrice qui me fait comprendre que nous n'avons guère d'autre alternative que de suivre la procédure officielle quand un enfant est signalé, à savoir la C.C.P.E. et tout ce qui va avec.

Sous ce sigle très hermétique se cache la non moins hermétique Commission de Circonscription Pré-élémentaire et Elémentaire. Les personnes qui nous en ont parlé au départ semblaient bien connaître cette grosse bête, mais présentée comme elle nous l'a été, elle semblait plutôt digne d'affolement qu'autre chose. Ne trouvant pas d'explication qui me satisfasse, je me suis adressée à la F.C.P.E de Grenoble, et sa déléguée, que je remercie encore, qui a très gentiment pris le temps de démystifier le sigle, ainsi que la machinerie, et de me remonter du même coup le moral que nous avions au plus bas.

Cette commission, ai-je appris, se réunit une fois par mois pour se concerter et statuer sur des cas particuliers d'enfants, tous en difficulté dans le cadre scolaire, pour une raison ou une autre. Un passage en C.C.P.E, c'est l'Education Nationale qui reconnaît officiellement un enfant comme ayant besoin d'un accompagnement particulier.

La procédure officielle démarre avec un signalement par la direction de l'école qui scolarise l'enfant à l'Inspection d'Académie. L'enfant après une demande d'examen psychologique remplie par la famille est vu par le psychologue et le médecin scolaires qui présentent leurs conclusions à l'Inspection d'Académie. Ensuite, l'enfant est inscrit à la délibération et son passage avisé aux parents ; siègent à la commission des membres nommés d'office, inspecteur de l'E.N, secrétaire, psychologue, médecin scolaire, directeur d'établissement spécialisé ainsi que des membres volontaires, représentants de parents d'élèves (F.C.P.E ou P.E.E.P) + des associations d'enfants handicapés.

Ne pouvant donc nous soustraire à cet entretien (il est même recommandé de ne pas le faire), mais malgré tout inquiets, car nous avions eu toutes sortes d'échos concernant les psychologues scolaires, je prends la peine de monter un dossier avec les comptes-rendus de MM. PERBET et TERRASSIER, des coupures de presse, des livres... que je confie à Mme C. quelque temps avant son rendez-vous avec Michaël, afin qu'elle ait le temps de se faire une idée des E.I.P, car, avais-je cru comprendre, elle n'en rencontrait que rarement et se sentait "démunie" face à ces enfants (dixit).

 Le jour du rendez-vous, nous avons trouvé une personne ouverte et curieuse, qui avait pris soin de s'informer et qui n'a à aucun moment remis en cause les conclusions de MM. PERBET et TERRASSIER, mais au contraire, les a confirmé, et a suggéré un passage en CM1, ce qui faisait 2 ans d'avance pour Michaël.

Plus tard, le rendez-vous avec le médecin scolaire s'est également très bien passé. Elle aussi était informée et a été très attentive à mes remarques.

Pour chacune de ces entrevues, je me suis trouvée confrontée à des personnes à l'écoute, soucieuses du bien-être de Michaël.

J'avais aussi pris la peine de contacter la déléguée des parents d'élèves de la F.C.P.E qui siégeait à LA TOUR DU PIN, qui nous a reçu chez elle et nous a expliqué le fonctionnement de la C.C.P.E de LA TOUR DU PIN.

Nous ne savions pas trop à quoi nous en tenir avec l'inspectrice d'académie, car notre premier contact n'avait pas été positif et elle avait la réputation d'être très "carrée", avec des idées bien arrêtées.

Le jour du passage en C.C.P.E arrive enfin (le 25 juin). C'est la première fois qu'un enfant précoce en difficulté scolaire passe en C.C.P.E à LA TOUR DU PIN. D'emblée, l'inspectrice d'académie nous a mis à l'aise en s'excusant de ne pas avoir réalisé la gravité de la situation de Michaël, car elle aurait fait prendre des dispositions bien avant (Michaël avait été signalé fin janvier).

Elle fait un résumé rapide de la situation, où elle met l'accent sur les difficultés graphiques et de lecture de Michaël. Nous embrayons sur un échange au cours duquel nous avons tout loisir de fournir un éclairage de son comportement au vu de la spécificité des EIP en général, et de sa dimension dépressive.

Michaël, grâce au suivi de Mme A., sans être encore sorti d'affaire va en fait, mieux. Mieux, qui a été constaté également par son institutrice qui en parle en termes plus satisfaisants quant à ses résultats scolaires dont elle avait entre autres fait son cheval de bataille. Elle les met sur le compte du bénéfice de la classe découverte où Michaël s'est "enfin" intégré à la classe, et de sa "promotion". En effet, enfin il n'est plus considéré comme "à part", et enfin, il a quitté son pupitre de pestiféré et a le droit comme n'importe quel enfant de s'asseoir à côté d'un camarade de classe (sic).

Pour nous, cette amélioration est surtout le résultat d'un long investissement temps pour Michaël : suivi tous les 15 jours avec Mme A. pour lui faire reprendre confiance en lui, et travail de 1 à 1 1/2 heure après la classe pour essayer de remonter son niveau désespérément bas, temps qui est entièrement consacré à l'exécution de ses devoirs, ou leçons que je tente de lui expliquer à sa façon, ainsi qu'à une prise en charge par la mamie au cours des vacances scolaires de Pâques qui l'a fait travailler à son rythme 2 à 3 heures par jour. L'inspectrice s'étonne de tout ce temps passé à travailler, spécifie que les leçons ne doivent pas dépasser 15 minutes par jour, mais comprend notre motivation et notre souci de le voir raccrocher le train qu'il avait quitté par ennui. Elle fait aussi remarquer à l'institutrice qu'elle aurait dû davantage avoir recours à l'ordinateur comme moyen d'approche de l'écrit. "Lorsqu'un enfant avec un QI de 70 a des difficultés en écriture, il se voit proposer un travail sur ordinateur pour surmonter son handicap. Michaël est largement au-dessus de 70, mais il n'empêche qu'il rencontre les mêmes difficultés. Pourquoi ne pas lui avoir proposé la même chose ? Il ne s'agit pas de faire de préférence, il s'agit de trouver un outil adapté à un enfant en difficulté, et l'ordinateur convient parfaitement dans ces cas là.

A aucun moment de l'entrevue, la précocité de Michaël n'a été remise en question. Les personnes présentes la tenait pour un fait acquis, essayant surtout de comprendre son mode de fonctionnement et de voir comment ils pouvaient lui venir en aide. A l'unanimité, a été décidé de mettre en place un P.E.I. ou projet d'éducation individuel, qui consiste à trouver à un enfant une école, une classe adaptée à ses besoins, de même des horaires adaptés avec libération de plages pour les entretiens psychologiques, d'orthophonie ou autre si besoin est.

Nous demandons un passage en CM1 (Mme A., M. TERRASSIER ainsi que la psychologue scolaire  ayant préconisé cette solution). L'inspectrice d'académie nous répond qu'en principe un enfant n'est pas censé avoir plus d'un an de retard ou d'avance, mais il se trouve que c'est la C.C.P.E qui statue pour tout cas particulier. Elle nous propose alors un changement d'école et un passage en cycle 3 dans un classe CE2-CM1-CM2 ou Michaël pourrait à loisir piocher selon ses besoins dans un sens ou dans un autre. Et de signer le P.E.I, lorsqu'il serait en place : document contractuel entre l'Education Nationale, les parents, le psychologue qui suis l'enfant. Elle a demandé (fait rare) que Mme A. soit la psychologue de référence qui collabore au P.E.I et travaille de concert avec l'enseignant qui aura la charge de Michaël.

La fin de l'année étant là (nous sommes le 25 juin), l'inspectrice d'académie se propose de contacter une institutrice qu'elle connaît, qu'elle pense être suffisamment souple pour pouvoir s'occuper de Michaël, qui de surcroît a une classe à 3 niveaux, dans un village proche de notre domicile, et de nous donner une réponse avant 5 jours.

Finalement, ce qui pour nous avait commencé par quelque chose qui était plutôt de l'ordre du cauchemar, se déroulait au-delà de nos espérances. Notre enfant était enfin reconnu et accepté comme étant différent, ayant besoin d'un suivi différent. Nous nous sommes sentis écoutés, compris. Les personnes présentes à la C.C.P.E étaient profondément humaines (enfin, après toutes ces procédures administratives), dans un réel souci des besoins de l'enfant et de trouver la meilleure solution possible pour lui, et tout cela était bien réconfortant.

Quelques jours plus tard, l'inspectrice d'académie (qui s'est personnellement impliquée) demandait à nous rencontrer pour nous parler de la solution qu'elle avait trouvée pour Michaël. L'enseignante à laquelle elle avait pensé et rencontré, était d'accord pour prendre en charge Michaël pour la rentrée 1999.

De notre côté, nous avions également contacté un établissement privé à BEAUREPAIRE, l'école Luzy-Dufeuillant, car un P.E.I peut également être mis en place dans ce cadre là. Nous y avons parlé de Michaël, rencontré l'enseignante qui aurait été susceptible de s'occuper de lui, dans une classe ici à 2 niveaux CE2-CM1 et qui semblait partante pour tenter l'expérience. Ou dirons-nous, nous l'avons senti partante, car en spécifiant que Michaël était un enfant précoce elle a rétorqué "mais je ne sais pas faire", réponse oh combien appréciée après tous ces gens qui nous disaient que tout se passerait sans encombre. Quand nous lui avons dit qu'il suffisait de les aimer, elle nous a répondu "ça, je sais faire". Et là, nous avons senti qu'elle pourrait réellement le faire.

Nous nous retrouvions donc avec  2 solutions possibles pour Michaël, mais c'est notre fille Marie qui allait nous donner la réponse finale.

L'école publique accueillant Michaël, refusait une prise en charge de Marie, et moi-même ne souhaitant pas avoir à assumer 4 entrées et sorties de classe dans 2 établissements différents, nous avons décidé de tenter l'aventure avec l'école Luzy-Dufeuillant. Et cette décision, jamais nous ne l'avons regrettée. Nous y avons trouvé une équipe enseignante ouverte, prête à s'investir pour les enfants d'une façon générale, les nôtres en particulier. Car il s'est avéré que Marie a été confirmée précoce à la fin des vacances scolaires, et pour elle aussi nous y avons trouvé une solution qui allait dans le sens de sa demande, apprendre enfin à lire et à écrire.

Michaël d'abord très méfiant, s'est ingénié à tester son institutrice qui a toujours répondu avec patience et amour (pour ça, oui, elle sait aimer les enfants !) à ses demandes. Et petit à petit, ou à grands pas, grâce aux efforts conjugués de tous, il s'est ouvert et épanoui. En 3 semaines, il avait rattrapé son niveau de lecture. A la fin de ce premier trimestre, il a rattrapé son CE1, largement raccroché le wagon du CE2, et dans certaines matières, mange du CM1. Et enfin, il aime l'école ! Ou aime-t-il son institutrice ? Il a des copains, joue, fait des farces, blague, rit, garde son caractère très affirmé, mais est enfin heureux de vivre, tel que nous avons toujours souhaité le voir. Enfin.

Le PEI est en place, on pourrait presque dire qu'il ne sert plus à rien, mais il reste une barrière de sécurité, pour l'instant. L'année prochaine, nous savons que Mme BIICHLE accompagnera encore Michaël, qu'elle est prête à le nourrir en niveau CM2 dans sa classe à double niveau, quitte à le décloisonner avec sa collègue de la classe d'à côté (un CM1-CM2) lorsqu'il sera prêt. Inutile d'ajouter que c'est une pédagogue  géniale qui fait un travail formidable avec lui, sachant qu'elle a tout de même 29 enfants dans sa classe.

Ajoutons que nous avons aussi pris la peine d'investir du temps et de l'énergie dans une thérapie d'écoute TOMATIS en novembre. La méthode consiste à faire une rééducation par l'oreille dite électronique afin d'obtenir une meilleure ouverture aux sons (soit par musicothérapie ou écoute de la voix de la mère filtrée). Cette ouverture s'accompagne d'améliorations dans le domaine de l'écriture, du langage et du comportement.

Tout le travail accompli jusqu'ici avec Michaël l'avait fait cheminer et avancer, mais sous l'impulsion de la méthode TOMATIS (toute en douceur, sans effort et sans contrainte, si ce n'est de porter un casque pendant 2 heures), il a accompli un bond en avant spectaculaire, ultra rapide, et en est ressortit complètement transformé à tous points de vue. Au point de le faire remarquer par son entourage, à commencer par nous, mais aussi par ses grands-parents, son institutrice, ses copains, dès la 4ème séance (sur un total de 15). Un grand merci aussi à M. TOMATIS pour sa méthode vraiment géniale.

Lorsque nous regardons en arrière, et que nous nous rendons compte de tout ce chemin parcouru, il nous en a fallu du temps, des efforts, des batailles, mais le jeu en valait la chandelle. Tout n'est pas gagné, il nous faut prévoir les solutions scolaires pour les années à venir, mais elles se dessinent déjà, et l'établissement qui accueille Michaël  comporte un collège, où les enfants sont écoutés de la même façon.  Alors ?... L'avenir nous le dira, mais nous avons espoir.

Véronique

© Véronique O. (38) / a.a.r.e.i.p. Octobre 1999