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Montreux9-jan-03 13:49 |
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<extrait du site http://www.letemps.ch> Une matinée par semaine, sept élèves surdoués apprennent ensemble. Un ballon d'oxygène bienvenu. Pilote, l'expérience rejoint la volonté du Département de la formation de ne plus laisser de côté ces écoliers différents. A Montreux, l'école publique remédie à la déprime
de ses élèves surdoués "Ici, je ne m'ennuie pas à faire des fiches quand j'ai déjà tout compris." En une réponse qui claque comme une évidence, Rachel, 11 ans, résume à la fois son problème vis-à-vis de la routine scolaire et sa satisfaction d'y échapper une fois par semaine. Autour d'elle, Swann, Antoine, ou Jonathan font chorus. Agés de 7 à 12 ans, repérés dans diverses classes de l'Est vaudois, ils ont en commun un quotient intellectuel largement supérieur à la moyenne, mais des difficultés d'adaptation scolaire. Cette matinée qui les réunit dans une petite salle sous les toits du Collège Vernex à Montreux est pour eux une réelle respiration. Comme Pierre-Marie, ils le disent: "C'est intéressant, et j'ai des copains." Ce matin-là, leur enseignante d'une demi-journée, Dominique Serex, les confronte à des plans de la région, passe à une expérience de chimie, met en circulation un jeu de stratégie. Le principe est de s'adapter à une soif de savoir toujours présente, mais zappante, et rechignant à restituer sous forme écrite ce qui est rapidement ingurgité: "A quoi bon, puisqu'on le sait?" Pour l'observateur, ce qui frappe face à cette classe, c'est la collaboration de groupe qui s'instaure, en dépit des différences d'âge ou de niveau. Autre étonnement: l'espèce d'agitation électrique des élèves, qui réclament plus, en particulier dans le domaine des maths ou des sciences."Avec eux, j'ai décomposé des molécules", dit Anne Jung, l'enseignante à l'origine de la création de ce petit groupe formé en février 2000. Elle-même mère d'un enfant précoce, elle a cherché avec le directeur des écoles primaires de Montreux, Pierre Steffen, une échappatoire à l'alternative "école privée ou échec scolaire", qui semblait s'ouvrir. Car les chiffres sont là: au niveau secondaire, 50% de ces élèves échouent. "Très bons dans certains domaines, ils peuvent être très en retard dans d'autres, comme l'écriture. Par ailleurs, ils sont souvent assez seuls dans leur classe, ils se posent des questions, ils ressentent comme un échec la difficulté de se faire des amis", décrit Anne Jung. Echec qui rejaillit sur le comportement à la maison, lequel peut passer par des crises de refus total de l'école. C'est un peu à tâtons que le système de la matinée commune a été trouvé. "Il s'agissait de ne pas marginaliser ces élèves, tout en essayant de répondre à leurs besoins spécifiques", indique Pierre Steffen. Du point de vue de l'école, ça marche. Les élèves se sont immédiatement montrés soulagés de rencontrer des camarades fonctionnant comme eux. Ils se sont sentis reconnus, et ils ont du coup mieux admis les contraintes de leur classe habituelle. "Mon fils est beaucoup moins nerveux, beaucoup plus décontracté", souligne une mère. "Loin d'être un handicap, le fait d'avoir de la matière à rattraper a été un atout", témoigne une autre, en soulignant que son fils "doit du coup être plus attentif, et participe donc plus facilement à ses devoirs".Durant l'année scolaire écoulée, c'est en profitant des périodes réservées au projet de chaque établissement que l'école primaire de Montreux a monté cette unité. Sans équivalent dans le canton, elle fonctionne depuis la rentrée de manière officialisée, sous la houlette du Service de l'enseignement spécialisé (SES). "Cela entre dans le mandat d'intégration des enfants surdoués, hyperactifs et dyslexiques, qui nous a été donné", relève le chef du SES, Bernard Allisson. Ailleurs, des avancements d'une année, des horaires aménagés pour suivre un cours supérieur ont été mis en place. "Un espoir". Inspectrice de l'enseignement spécialisé, Catherine Mouquin souligne qu'il s'agit de tirer parti de la différenciation pédagogique prônée par EVM. Dans un premier temps, enseignants formateurs d'enseignants, et directeurs ont été sensibilisés au repérage de ces élèves, et aux possibilités d'assouplir certaines normes. Pour les associations de parents, qui ont étroitement participé aux réflexions, "cela donne de l'espoir", comme le dit la présidente de l'une d'elles. Pour l'école publique vaudoise, il s'agit de se montrer, enfin, plus intégratrice. Pas une pépinière de génies Coupons court aux fantasmes. La classe qui rassemble, à Montreux, sept enfants surdoués quatre heures par semaine n'est pas le prélude à une "filière de génies" au sein de l'école publique. Comme d'autres structures de l'enseignement spécialisé, elle est là pour répondre à une différence. Pédagogiquement, son but est clair : il s'agit d'"apprendre à apprendre", à des élèves qui remplacent ordinairement l'acquisition d'une méthode de travail par leur vivacité intellectuelle. Lacune dont ils pâtiront plus tard, lorsque la méthode sera devenue, même pour eux, indispensable. Plus profondément, il s'agit de pallier une souffrance scolaire. Comme le dit l'un d'eux avec trop de lucidité pour son âge: "Etre surdoué m'apporte plus d'inconvénients que d'avantages." Tous sont des élèves qui ne s'adaptent pas aux codes usuels d'apprentissage, se marginalisent, risquent de détester l'école. L'objectif à atteindre est de les remettre à flot. Pour l'institution, cela passe par une remise en question. A cause, peut-être, du terme utilisé pour les désigner, ces élèves-là ont longtemps été considérés comme chanceux, n'ayant donc "qu'à se débrouiller eux-mêmes". Tel n'est pas le cas. Si elle parvient à se montrer intégratrice pour ces écoliers, la contestée réforme scolaire vaudoise marquera un point. |
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