Témoignage de Nicolas

9-jan-03 11:04

" Plutôt que de l'obliger à entrer dans une boite qui n'est manifestement pas à sa taille, nous souhaitons l'aider à vivre le mieux possible à coté "
Témoignage de Véronique L. (53). Octobre 2000. (Suite plus bas datée du 7 janvier 2003)

 

Cher Jean-Marie,

Comme promis, je vous tiens informé de ma visite chez la maîtresse : je l'ai trouvée formidable...!

En fait, je pensais que le Directeur (au courant de la précocité de Nicolas) l'avait mise au parfum : non, il voulait qu'elle se fasse une opinion par elle-même (drôle d'idée !).

En fait d'opinion, elle était complètement déroutée par le comportement de Nicolas (ce n'est pas la première et je crains que ce ne soit pas la dernière) et la seule chose qu'elle pouvait constater était son "extrême différence".

Avant que je dise quoi que ce soit elle a fait une remarque très judicieuse : "Cet enfant a l'écriture de quelqu'un qui refuse les lois ". Quand j'ai parlé précocité, j'ai tout de suite compris que nous étions sur la même longueur d'onde, elle a évidemment, marqué un temps d'arrêt et m'a dit : "Alors c'est ça...je me disais bien qu'il était vraiment différent !".

Elle m'a dit connaître un peu le sujet pour s'y être intéressée, pas plus tard que l'année dernière. Elle avait une enfant précoce dans sa classe, et c'est elle qui a demandé aux parents de lui faire passer des tests, au vu de ses difficultés d'intégration, l'année s'est bien terminée et la fillette est passée en 6ème directement. La grosse différence avec Nicolas étant, que dans ce cas, l'enfant avait de bons résultats scolaires...

Je lui ai proposé de lui laisser vos documents sur la précocité et elle m'en a vivement remercié.

Tout comme nous, ça l'a soulagé de savoir "le pourquoi", ce qui l'aidera, à n'en pas douter, à rester "zen" face à cet enfant si déroutant, même si sa crainte est de faire des erreurs (bien pardonnables au demeurant...).

La stratégie qu'elle a déjà mis en place depuis la rentrée me semble bonne : lui accorder toute l'aide et l'attention qu'il souhaite à une seule condition : qu'il soit demandeur, et qu'il en fasse lui même la démarche, (elle m'a dit : "c'est dur mais il y a quelques petits signes favorables"). Elle ne souhaite pas le traiter différemment des autres élèves pendant les cours mais, est toute disposée à rester disponible dès que la cloche aura sonné.

Nous sommes tombées d'accord sur ceci : "Plutôt que de l'obliger à entrer dans une boite qui n'est manifestement pas à sa taille, nous souhaitons l'aider à vivre le mieux possible à coté."

Elle est consciente qu'il n'est pas scolaire (il faudrait être aveugle pour ne pas le voir !) et n'attend pas de miracle coté résultats.

Comme vous me l'avez dit, j'ai mis l'accent sur le coté affectif mais je crois qu'elle l'avait compris d'elle même...

D'ailleurs, je trouve Nicolas mieux dans sa peau depuis quelques jours : la vérité sur ce qu'il est vraiment, ne plus se sentir seul... j'entrevois un petit bout du miracle...

Alors je commence à penser à un petit peu plus long terme : comment envisager sa scolarité, surtout à partir de la 6ème, je ne me vois pas expliquant tout ceci à une demi-douzaine de profs et je ne crois surtout pas à une compréhension aussi parfaite qu'aujourd'hui...

Mais, chaque chose en son temps (quoi que ce ne soit pas vraiment ma devise !).

Si vous avez des idées sur la question, je suis preneuse.

Merci de votre attention.

Dans l'attente de vos conseils.

Véronique.
© Véronique L. (53) / a.a.r.e.i.p. Octobre 2000

Voici la suite de l'histoire de Nicolas, apportée le 7 Janvier 2003 :

Bonjour,
Je viens de découvrir votre site et votre page "témoignage" m'a interpelé : je suis Veronique L (53), maman du jeune Nicolas. A vrai dire j'avais totalement oublié avoir fait ce témoignage mais cela n'a aucune importance, s'il peut être utile à quelqu'un, j'en serai la 1ère heureuse.
Je tiens quand même (puisqu'on en parle :-)))) à vous apporter la suite de l'histoire...
et votre phrase "La scolarité de Nicolas : une réussite...grâce à la volonté de tous.." .n'est maleureusement pas (plus ?) tout à fait d'actualité. La maitresse si motivée a craqué au bout de quelques mois, son arrière pensée était sans doute de faire entrer Nicolas dans la normalité "en y mettant les formes". Nicolas a commencé une dépression, nous avons dû le changer 2 fois d'école :-(((
Nous avons découvert l'année dernière qu'en plus d'être précoce, il était dyslexique, ce qui expliquerait les "crises d'incompréhension" subies de toutes parts...
Il est actuellement en 6ème, et nous avons opté pour le CNED grâce auquel il prend ses cours à un rythme assez rapide, sans être bousculé au moment des évaluations écrites.
il garde des activités sociales en dehors de l'école pour ne pas être coupé de la société dans laquelle il se sent pourtant si mal.
ses résultats scolaires sont satisfaisants, mais il y a encore bien du chemin à parcourir pour qu'il retrouve (trouve ?) la confiance en lui qui lui fait tant défaut suite à des années d'incompréhension...
Voilà, nous avons parcouru bien du chemin depuis octobre 2000 et il en reste autant devant nous.
Veronique

© Véronique L. (53) / a.a.r.e.i.p. Janvier 2003